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C. Albert et E. Delannoy : interagir avec le vivant

Mis à jour : 5 nov. 2019

Pour une économie réconciliée avec le cycle du vivant : la seconde conversation entre Cécile Albert et Emmanuel Delannoy a permis d'aborder la question du cycle du vivant, des ressources qu'il recèle et des services qu'il nous rend, dans un contexte de grande incertitude et de profonds changements.

Les parcours des intervenants


Cécile Albert : écologue au CNRS, elle s'intéresse à la biodiversité dans l'espace (continuités écologiques, trames vertes et bleues) et aux services écosystémiques (une manière d'illustrer les échanges et l'utilisation de la biodiversité comme ressources). Elle étude principalement les interactions entre les différentes pressions exercées par l'homme sur le vivant : urbanisation, changements de pratiques agricoles...


Emmanuel Delannoy : consultant auprès de Pikaïa, fondateur de l'institut INSPIRE (réflexion interdisciplinaire sur l'économie circulaire), se positionne à la croisée de nombreuses disciplines liés à la biodiversité, l'innovation dans les modèles économiques, ou encore la philosophie.



Pourquoi il faut penser "système"


Les meilleures solutions technologiques (dans le domaine de l'énergie par exemple, en écho à la présentation de C. Christensen) ne servent à rien si elles ne sont pas appropriées et qu'elles génèrent de véritables changement d'usages.


Le vivant recèle de très nombreuses ressources, mais son évolution est sujette à nombre d'incertitudes. Des modifications profondes du système Terre sont en cours, mais les temporalités de transformation n'ont rien à voir avec le déploiement d'une technologie. Aujourd'hui, des phénomènes d'emballement sont à l'oeuvre (rétro-actions positives où les conséquences du changement climatique deviennent des causes d'aggravation). Même si l'on arrête d'émettre du CO2 aujourd'hui, les effets du changement climatique se feront tout de même sentir pendant des centaines d'années. La capacité des êtres vivants à réagir face à ces changements est incertaine: on s'attend à voir des formes de résilience, de rebonds... mais aussi effet de seuil / imprévisibilité des réactions, des effondrements.


Du point de vue de la biodiversité, les interactions sont nombreuses : par ex. entre changement d'usage des sols et biodiversité. La perte d'espaces de vie pour les espèces limite en même temps leurs adaptations au changement (capacité à migrer par exemple). Mais cette incertitude est encore loin d'être caractérisée scientifiquement.


Se servir du vivant comme une ressource


Emmanuel Delannoy est revenu sur le concept de "biomimétisme". Les principes :

- s'inspirer du vivant pour innover / résoudre des problèmes. La biodiversité, c'est 3,8 milliards d'années d'évolution > toutes les espèces ont du s'adapter pour trouver leur place. C'est une base impressionnante de connaissances d'essais, d'erreurs sur laquelle on peut capitaliser

- alors que chaque espèce modifie profondément son environnement, la co-évolution entre espèces a fait que ce sont les solutions favorables au collectif qui ont été les plus souvent sélectionnées > il est possible de s'en inspirer pour bâtir une économie, des moyens de construction, plus compatibles avec le vivant

- une forte dimension sociale et culturelle > considérer que l'on peut travailler avec le vivant et non pas "contre".


Quantifier les services rendus par les écosystèmes


Afin de prendre en compte davantage d'éléments de la biodiversité (et non pas seulement les éléments obligatoires vis-à-vis d'espèces emblématiques, rares ou protégées) les services écosystémiques mesurent les services rendus par les écosystèmes à l'espèce humaine. Ils sont de 3 ordres :

- services d'approvisionnement : agriculture, matières premières (bois, fibres, énergies)

- services de régulation (pollinisation, régulation du climat)

- services culturels / patrimonial (bien-être, éducation)


Cette fonctionnalité repose sur la diversité d'espèces. Bien qu'elle soit anthropocentrée, cette approche peut permettre de s'approprier les enjeux liés aux ressources naturelles et mieux gérer l'urbanisation.


Une application concrète : collaboration CNRS-IRSTEA-AUPA dans le Pays d'Aix pour une quantification des services rendus par les écosystèmes, au regard des préférences sociales (ceux qui semblent les plus importants) et de leur capacité des écosystèmes à les produire.

21 services différents ont été analysés, variant suivant le type de milieux (cultures, forêts, garrigue, urbanisation, friches). Tous ces milieux sont intéressants à divers titres, même si la ville offre le moins de services. Cette approche permet de mesurer ce que l'on risque de perdre si on urbanise et donc apporter une vision complémentaire à un diagnostic environnemental.


L'économie circulaire : une application du biomimétisme


Typiquement, sur la question des ressources minérales (extraites de la croute terrestre), on peut être assez optimiste : des pénuries s'annoncent, mais stratégies économiques circulaires, fondées sur l'allongement de la durée de vie des produits, de nouveaux modèles permettant un découplage entre la valeur des activités écomique et la consommation de ces ressources inertes sont en cours. On peut espérer des résultats à 10 ou 20 ans si le changement de comportement a bien lieu.


En revanche, lorsqu'il s'agit du climat, nous savons qu'il faut faire le maximum mais l'inertie sera importante. Il faudra, quoi qu'il arrive, s'adapter à ces changements. Et pour cela, nous avons besoin de cette biodiversité, des végétaux pour capter le carbone et le piéger dans les sols. Evaluer nos actions scientifiquement, corriger les trajectoires si besoin, privilégier une approche "sans regret", faire des choix réversibles : autant de techniques "agiles" que l'on trouve dans la nature et qui manquent dans nos choix politiques / économiques.


En revanche, ne pas toujours raisonner suivant l'équation offre / demande. L'offre de ressources doit s'appréhender au regard des besoins. C'est vrai notamment en matière de mobilités : notre modèle d'aménagement du territoire (spécialisation des espaces: logement, emplois, loisirs) engendre beaucoup de demandes mais pas forcément de besoins de mobilités. Offrir une énergie bon marché, même ENR, génère toujours une forme d'anthropie : l'énergie la plus propre du monde induit des aménagements particuliers, produit des effets (et donc des coûts) cachés.


La permaéconomie : stade ultime d'une économie bénéfique pour le vivant ?


Selon Emmanuel Delannoy, l'économie circulaire demeure assez déconnectée du vivant. On possède tous les instruments, concepts, outils, pour que cela marche. Mais si elle fonctionne, l'économie également s'emballer car elle reste hors-sol. Comment rendre au vivant ce qu'on lui a pris ? Il ne s'agit pas de réduire les externalités négatives, les compenser, les annuler... mais bien recréer du positif pour le vivant. A l'image de la permaculture (une production qui enrichit le sol, la biodiversité, prépare la future récolte...), il envisage qui économie qui réinvestir dans la connaissance (brevets, capital humain), mais aussi dans le socle sur lequel elle repose. Une économie qui se prépare à l'incertain sera beaucoup plus productive.



À télécharger


• La présentation de Cécile Albert et d'Emmanuel Delannoy


• Les chiffres clés présentés par les agences AGAM-AUPA




La discussion en images





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Les 25 avril, 25 juin, 19 septembre et 24 octobre 2019

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