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Les 25 avril, 25 juin, 19 septembre et 24 octobre 2019

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L.Maurin : non, l'école n'augmente pas les inégalités

Mis à jour : 5 nov 2019

Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des Inégalités, a introduit la rencontre en donnant quelques éléments de cadrage, avec un message fort : non, l'école française n'augmente pas les inégalités.


6000 € : c'est le coût d'une scolarité à l'école primaire. En l'absence d'un système scolaire public, les inégalités seraient au contraire démultipliées. La présence d'une école maternelle, les moyens alloués dans les BTS et IUT sont des points forts du système français.

Néanmoins, tout ne va pas bien : la question de l'école et de la formation est au coeur des inégalités et de ses logiques de reproduction. Pour Louis Maurin, le système est inégalitaire car formaté pour une forme de "bourgeoisie culturelle et intellectuelle"


Plus on avance dans le système scolaire, on assiste à une "disparition" des enfants d'ouvriers et à une massification des enfants d'élite (graphique ci-contre), tandis que les BTS permettent de "maintenir" des enfants d'ouvriers dans l'enseignement supérieur. Les écoles normales supérieures, mobilisant beaucoup d'argent public, sont en revanche très inégalitaires par leur mode de recrutement.


Lors de son intervention, Louis Maurin est revenu sur les modes d'apprentissage en France, maintenant les écarts entre ceux qui sont favorisés et les autres :

1. Une forme d'élitisme social républicain : plutôt que de s'intéresser à ce que personne soit à la traine, les enseignants tendent à percevoir (et donc se concentrer sur) les meilleurs

2. L'intensité de la compétition : peu de pays notent sur 20, la répétition fréquente des évaluations pénalise les plus défavorisés

3. Un système maintenant encore trop la suspicion, maniant la carotte et le bâton : questions pièges, interrogations surprises : pourquoi piéger des enfants ? pourquoi traînent -ils des pieds pour aller à l'école ?

4. Beaucoup de non-dits : il y a ceux qui ont les codes (par exemple, comment il faut parler aux enseignants, savoir ce qu'il faut apprendre / ce sur quoi on sera interrogé...), transmis par leurs parents, et ceux qui restent dans le mystère

5. En comparaison internationale, un système très théorique : laissant peu de place à l'expérience (malgré les initiatives des enseignants), reposant beaucoup sur la mémorisation, tandis que les autres pays font travailler les enfants à partir de documents

6. En comparaison, des enfants peu autonomes (qui ont peur de faire des fautes, sans forcément être d'un moins bon niveau)


S'agissant de l'investissement dans la formation professionnelle, la France fait moins que ses voisins. En revanche, elle "forme bien" dans l'entreprise, ce qui signifie que l'on forme surtout ceux qui sont déjà formés.


Et demain ?


Louis Maurin perçoit

• une forte crispation dans le monde enseignant : des tensions depuis très longtemps, sentiment d'être lâché, rendant difficile la transformation du système

• un puissant lobbying de la bourgeoisie culturelle / les diplômés qui ne veulent pas que l'on change, craignant autrement un "nivellement par le bas". Ces classes sociales ne veulent pas des enfants du peuple, que l'on a vu arriver au collège. La peur que leurs enfants s'ennuient demeure très présente

• une assez faible ambition politique dans ce domaine, malgré une accumulation de réformes


Plusieurs scénarios semblent possibles :

rien ne change (le plus probable), avec des formes de privatisation, plus ou moins rampantes : secteur privé. Multiplication de micro-initiatives, qui essaient de contourner = dans ces filières là, une école différente, des moyens pour la payer

un renfermement conservateur : l'école de l'uniforme type IIIème République, avec un retour aux basses, aux vieilles méthodes

une modernisation du modèle, inspirée sur le modèle scandinave (mais pas seulement), concentré sur un objectif : faire en sorte que personne ne décroche


Ce qui serait urgent et important de faire pour réduire les inégalités ?

• Difficile de trier parmi les mesures, mais son sentiment est que l'on apprend à lire trop tôt (5-6 ans en France, 7 ans dans les pays scandinave), que qui accentue les écarts de vocabulaire et augmente la volonté des parents d'en faire apprendre beaucoup aux enfants très jeunes.

• Il faudrait changer la relation maître-élève, trop autoritaire. Egalement arrêter de noter jusqu'à la moitié du collège, ce qui serait sans impact sur le niveau général.

On a intégré le fait qu'il faille des "classes", qui montent d'année en année, alors que cela pourrait être différent ! Des apprentissages différenciés, permettant à l'enfant de monter plus haut dans un cours et pas dans un autre, en supprimant des examens "couperets" empêchant de passer au niveau supérieur.

Et si l'on faisait jouer des enfants avec les règles de la société ?

Pour conclure son intervention, Louis Maurin a présenté cette vidéo, donnant à réfléchir sur les inégalités, le sentiment d'injustice et la manière dont les enfants la perçoivent.